• 29 mai 2022 04:45

Covid-19 : « Je continuerai d’en porter, et même des FFP2 »… Pour eux, la fin du port du masque est prématurée

Mar 13, 2022

EPIDEMIE A la veille de la levée des dernières restrictions sanitaires dans l’Hexagone, certains lecteurs de « 20 Minutes » jugent prématurée la fin de l’obligation de porter le masque. Un avis partagé par l’épidémiologiste Antoine Flahault

  • A compter de ce lundi 14 mars, le pass vaccinal ne sera plus exigé, et le port du masque en entreprise et à l’école ne sera plus obligatoire.
  • Si la levée du pass vaccinal semble mettre tout le monde d’accord, la fin du masque dans les lieux clos en inquiète certains, qui jugent la mesure prématurée.
  • Pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, « la levée de cette obligation aurait dû être conditionnée à des indicateurs sanitaires de décrue épidémique ».

Comme un retour au monde d’avant. Le chef du gouvernement, Jean Castex, l’annonçait il y a quelques jours : à compter de ce lundi, le 14 mars, fini le pass vaccinal. Idem pour l’obligation de porter le masque dans les derniers lieux publics clos où il était encore de rigueur : désormais, les enfants pourront le retirer dans les classes, et dans les entreprises, les adultes pourront redécouvrir les visages de leurs collègues.

Alors, ce lundi en France, après deux ans de pandémie et de restrictions sanitaires, le monde se divisera en deux catégories : ceux qui auront la banane et une irrépressible envie de chanter « Libérée, délivrée » (la chanson dans la tête, c’est cadeau !), et ceux qui flipperont, le masque encore bien vissé sur le nez, jugeant que la levée des restrictions est trop prématurée.

« Le pass vaccinal, bon débarras »

Pour le moment, Manon « ne compte pas tomber le masque dans les commerces et autres lieux clos. Mais la levée du pass vaccinal, je trouve que c’est génial. J’ai 24 ans et j’ai hâte de recommencer à vivre pleinement ma jeunesse ! » Un enthousiasme partagé par Thierry, pour qui il ne servait « pas à grand-chose ». Et par Isabelle : « Le pass vaccinal, bon débarras, puisque de toute façon, les vaccins ne bloquent pas les contaminations ».

« Le pass vaccinal n’a pas montré une très grande efficacité à protéger des transmissions, confirme Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à Genève. En revanche, le pass vaccinal, consécutif au pass sanitaire, a eu pour effet de booster la couverture vaccinale, et les vaccins anti-Covid ont démontré leur très grande efficacité contre les formes graves, les hospitalisations en soins critiques et les décès, précise-t-il. Aujourd’hui, si le gouvernement juge que ce pass est arrivé au terme de son action, on peut comprendre qu’il décide de le lever ».

« La levée du port du masque est prématurée »

Ravie de la levée du pass vaccinal, Isabelle l’est beaucoup moins s’agissant de la fin du masque. « Quelle folie de le retirer dans les lieux clos ! Je compte bien continuer à le porter, mais comme beaucoup d’autres ne le feront pas, je serai moins protégée et ça m’inquiète ». Pour Dominique, « cette mesure est déconnectée de la situation épidémiologique, aucun indicateur annoncé par le gouvernement n’est atteint. Le masque devrait être maintenu dans la situation actuelle de circulation virale soutenue ». D’ailleurs, Aniece, qui a « attrapé le Covid et contaminé [son] conjoint et ses parents très âgés », n’est pas rassurée. « Je viens d’apprendre qu’un couple d’amis est aussi positif dans mon village de 3.000 âmes, et depuis quelques jours, il y a beaucoup de cas positifs. Ne baissons pas la garde trop vite ». Pascale juge ainsi que « la levée du port du masque est prématurée, car il y a toujours des décès et des entrées en réanimation »

En pratique, « le masque est censé réduire le risque de transmission, donc l’obligation de le porter ne se justifie que lorsque la circulation du virus dans la communauté est élevée. Lever l’obligation de le porter doit donc être conditionné à des indicateurs sanitaires de décrue épidémique, insiste Antoine Flahault. Si, comme l’avait indiqué Olivier Véran devant le Sénat, on le conditionne à un taux d’incidence inférieur à 300, à moins de 1.500 patients hospitalisés en soins critiques et à un taux de reproduction effectif, le fameux R, durablement inférieur à 1, c’est raisonnable. Mais ce n’est finalement pas ce que compte faire le gouvernement, puisque la levée des restrictions est fixée au 14 mars quels que soient les niveaux de ces indicateurs, déplore l’épidémiologiste. Or, nos modélisations montrent qu’on sera à un taux d’incidence supérieur à 500, et qu’alors que de moins en moins de tests sont réalisés, le taux de positivité augmente.

Mardi dernier, il y avait 93.000 contaminations, ces chiffres montrent que la circulation du virus est élevée, et repart même à la hausse [Les derniers chiffres disponibles, ce samedi, font état de 72.443 contamination en 24 heures, en stagnation. Nous sommes sur des chiffres plus importants que le sommet de la cinquième vague de décembre, dominée par le variant Delta, c’est énorme. Donc l’obligation de porter le masque se justifie encore. D’autant que le 14 mars, selon nos prévisions, on aura très probablement un R supérieur à 1 ».

« Je vais continuer à porter des masques FFP2 »

Des chiffres qui inquiètent Thierry, qui juge « très prématuré d’oublier les gestes barrières. Tant que le virus circule, je continuerai à porter le masque partout et éviter les lieux publics clos. Je n’ai pas été contaminé depuis le début de l’épidémie, ce n’est maintenant que je vais baisser la garde ». Isabelle non plus. « Immunodéprimée, je compte garder mon masque et éviter les lieux clos trop fréquentés. Résultat : lever les restrictions, c’est reconfiner les personnes vulnérables comme moi. Merci au gouvernement d’aller trop vite », s’agace-t-elle. Sabrina, elle aussi immunodéprimée, partage sa prudence. « Je continuerai à porter le masque FFP2, je crains qu’avec la fin du masque obligatoire, les contaminations flambent ». Une précaution adoptée aussi par Nathalie : « Je porte des FFP2 et je vais continuer, et mon fils le portera aussi à l’école. Je suis persuadée que les contaminations vont grimper en flèche ».

D’autant que « dans les classes, les enfants sont particulièrement peu vaccinés, ceux ayant des comorbidités se retrouvent à hauts risques d’être contaminés et de faire des formes graves, rappelle Antoine Flahault. Le masque était un moyen de protéger efficacement ces enfants. Donc tous ceux et celles qui veulent continuer de porter le masque en intérieur ont une conduite sensée, et pour se protéger individuellement, ils ont tout intérêt à porter des masques FFP2, surtout s’ils sont les seuls à les porter. Les personnes qui veulent rester vigilantes vont devoir le porter encore plusieurs semaines, surtout les plus vulnérables : les non vaccinés, les enfants ayant des comorbidités, les personnes immunodéprimées ou celles en contact avec elles ».

Sans doute le gouvernement fait-il le choix de miser sur la saisonnalité du virus, qui devrait se faire plus petit avec l’arrivée du printemps et la remontée des températures. Mais « ce frein estival ne bloque pas totalement le virus, insiste Antoine Flahault. On le voit en Nouvelle-Zélande, qui connaît en ce moment un pic phénoménal de contaminations alors que c’est là-bas le cœur de l’été. Et ici, on est encore en hiver ».

Source:www.20minutes.fr

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